Archive de novembre, 2009

Représentation à Montréal, atelier La Mère aux Prunes

Représentation à Montréal, atelier La Mère aux Prunes

Le Petit Oeuf du petit Peuple

Journal

8 octobre :

Réveil matinal… fatigue, flottement. Une seule chose à faire, se jeter dans la ronde pour vivre ce nouvel horaire. Alors, marcher. Marcher pour sentir Montréal, pour explorer la ville, la comprendre dans sa superficie, sa dynamique, ses habitants, ses quartiers, ses commerces.

Montréal… Je suis à Montréal !

Rendez-vous avec Pierre Larivière, le directeur de la Maison de la culture Hochelaga Maisonneuve où je serai en résidence à la fin du mois d’octobre.

Rendez-vous, chaleureux en décalé aussi… je me sens de travers !

Pierre me demande de préciser besoins, envies pour mener à bien ce projet de création. Nous visitons la salle.

Nous envisageons des présentations du travail au fur et à mesure des jours, en partenariat avec les bibliothèques et centres pour l’enfance, environnants.

Pierre et son équipe travaillent avec un réseau extrêmement étendu. Ils ont tissé une dynamique qui dépasse nettement le quartier populaire où la Maison est implantée. Leur action sociale suscite le respect, leur engagement humain et artistique est admirable.

Marche infinie dans Montréal. Marche pour ne pas dormir, pour atterir, pour explorer. Trouver son chemin parmi ces rues perpendiculaires. Remonter vers le métro Laurier.

18h30. Florence Vinit ouvre sa porte au deuxième coup de sonnette. Florence est franco-canadienne. Installée à Montréal depuis 13 ans, je crois. Elle travaille à l’université du Québec à Montréal, en tant que sociologue et psychologue.

Florence, c’est toute une sensibilité, toute une compréhension, toute une générosité. Elle est membre fondatrice de l’association Docteur Clown dont elle est la directrice psycho-sociale. Florence me reçoit et nous parlons de nos centres d’intérêts communs : le spectacle vivant, les enfants, l’action de terrain. Elle comprend, écoute, cogite et met en lien des éléments pouvant servir cette création.

Le Petit Oeuf du Petit Peuple, Montréal, Claire Mallet Vendredi 9

Claire ! Retrouvailles avec Claire Mallet. Travailler avec Claire, d’emblée, sauter dans le chant, la musique. Claire écoute les enregistrements des mélodies créées en France. Elle les module, les modèle, me guide, stimule, étoffe, développe. Ensemble nous travaillons. Elle sort sa guitare, sa partition, explore à l’intuition cette partie ou l’autre. Met le doigt sur ce qui doit être travaillé, repris, ré-écrit.

Claire, auteure de livres pour enfants, conteuse, musicienne et chanteuse.

Trois intenses heures de travail, une séance dynamique et stimulante…

mes craintes ressurgies… s’envolent pour un temps.

et surtout ne pas oublier, ces phrases de Chantal Grosléziat, publiées dans Les bébés et la musique, chez Erès :

« ce qui compte n’est pas tant la virtuosité technique que le style, l’authenticité de celui qui chante »

«  ce qui passe est un véritable message, une histoire d’amour entre l’interprète et sa chanson parce qu’elle est sa chanson à ce moment-là, offerte à l’enfant qui est là ».

17h30. Rendez-vous dans un salon de thé, le « Camélia Sinensis » tout près de la Grande Bibliothèque de Montréal.

Je suis dans la dynamique du chant, dans la rythmique de la marche de la petite fée Ashérat, dans une énergie qui m’appelle et me guide à avancer, bouger pour que le jet lag ne me rattrappe pas…

A chaque table de ce salon de thé, des buveurs prennent leur temps, savourent cet espace tranquille, feutré… tranquille, feutré. Une table se libère, elle est suffisamment grande pour nous accueillir. Florence arrive, puis Claudette, la mère des conteurs québécois qui se joint au projet. Enfin Natacha Jeune-Saintil, comédienne et conteuse haïtienne. Tout le monde se rencontre. Nous regardons le texte qui a déjà été modifié à coups de crayons gris depuis la séance de travail avec Claire.

Rencontre trop formelle pour Claudette qui s’échappe à la bibliothèque. Nous regardons le texte, Florence observe, relève quelques petites choses qui enrichissent le propos à destination des tout-petits : jeu de cache-cache, mots à simplifier…

L’escapade se poursuit dans un snack Montréalais où nous pouvons déguster les meilleurs, non les presque meilleurs, hamburgers au monde de Montréal !

Samedi 10

relâche… le décalage, la marche, toutes les petites choses à régler avant le départ… Fatigue, coup de massue… samedi relâche. Musiques à découvrir, écoute, relâche, relâche…

Dimanche 11

Escale à Val David. Chez des amis, retrouvailles, embrassades ! Petite virée dans le village… et, ho ! Incroyable. Une boutique, tout y est ! Tout est là ! Les éléments du costume ! La jupe, la veste à capuche, tout. Merci !

Lundi 12, départ pour Rawdon.Rawdon

La forêt de Rawdon, magnifique lieu qui a inspiré ce projet. Promenade en forêt, ramasser des feuilles, des brindilles pour le décor. Répétitions en sous-sol. Travail du texte sur les conseils de Claire. Modifications… fatigue. Le temps est là, disponible. Les conditions sont réunies. Sentiment d’insatisfaction malgré tout. Pas assez travaillé, pas assez d’exigence vis à vis de soi. Pas assez de constance. Ca ne vient pas vraiment. Le texte de la marche d’Ashérat ne coule pas…

Jeudi 15, Montréal.

Rdv avec Claire. Deuxième séance de travail. Chanter, poser les gestes, moduler la voix, l’intention. Encore trois belles heures de travail intense, constructif. Le texte sera encore modifié, encore amélioré, encore plus poussé. Six pages de conte chanté pour enfants, revues et corrigées, revues et corrigées.

Samedi 17, retour à Val David.

Pas tout à fait heureuse du travail de la semaine. Pas vraiment en phase… plutôt en décalage horaire, en recherche de positionnement par rapport au conte… comment faire ? Comment bien faire ? Quels critères ? Quelles techniques ???

et surtout ne pas oublier, ces phrases de Chantal Grosléziat :Les bébés et la musique

« ce qui compte n’est pas tant la virtuosité technique que le style, l’authenticité de celui qui chante »

«  ce qui passe est un véritable message, une histoire d’amour entre l’interprète et sa chanson parce qu’elle est sa chanson à ce moment-là, offerte à l’enfant qui est là ».

Promenades dans les bois, marche, grande marche. Rencontre folle avec Philippe qui tient boutique dans une rue reculée. Il prépare le meilleur thé Tschaï au monde, à Val David ! Philippe vend des objets de décoration sympathiques, des produits de qualités, des petits trésors qui font briller les yeux ! Il est fou des illustrations de Gaëlle Boissonnard… et vend des cartes postales qu’elle a réalisées. Je propose de transmettre à cette illustratrice sa déclaration d’amour. Nous l’écrivons ensemble. Enfin, je lui souffle un peu… et oui, les françaises savent parler d’amour ! Je me sens Cyrano !

Je rentre à pied, chez Jacques et Amira. La maison est pleine d’amis. Je dois me remettre au travail. Grâce à Philippe, j’ai retrouvé le petit grain de folie qui m’avait quitté. Alors, plongée corps et âme dans la réécriture amorcée sur une table de bistro-snack dans l’après-midi… Ca avance, ça y est ! Ca avance !

Retour à Montréal.

Mardi 20

Georges Khayat a obtenu un partenariat avec la garderie « Les Ateliers » de Montréal. Ce lieu d’accueil équivaut pour la France à une fusion entre la crèche et  l’école maternelle.

Belle occasion de proposer « Le Petit Oeuf du petit Peuple », dans un même lieu à des enfants d’âges différents.

Ce mardi, deux représentations tests, en présence de Natacha Jeune-Saintil qui accueille les enfants et prend des notes sur le déroulement de la séance.

La première prestation est destinée aux plus petits âgés de 18 à 30 mois, la suivante aux enfants de 3 ans à 3 ans et demi.

Avoir le texte à proximité est très sécurisant. Il s’agit d’une lecture contée et l’occasion de tester devant un public, les premières modifications apportées au conte.

Les tout-petits sont craquants… ils viennent tous me « coller » à la fin de la prestation. Explication : chaque enfant remercie en me serrant dans ses bras et en m’embrassant !

Je fonds !

Première répétition en public.

Première répétition en public.

La deuxième représentation est plus tonique. Constat de la spontanéïté des petits québécois qui réagissent tout de suite au moindre jeu de scène. Ils rient, répètent les phrases, sont prêts à partir avec Ashérat, la petite fée, héroïne du conte, qui les emmènent dans sa quête.

Cette fois-ci, le texte est mis de côté. Georges Khayat prend les premiers clichés.

L’après-midi, Natacha guide les enchaînements à réaliser entre les différentes séquences du texte.

Mercredi 21

Travail avec Claire Mallet. Les mélodies, le rythme, le développement… Claire valide le texte, déjà modifié, amélioré. Ouf, je peux enfin l’apprendre et mémoriser les éléments !

Jeudi 22

Séance de travail avec Natacha Jeune-Saintil consacrée à la première partie du conte. On défrîche, on explore, on approfondit l’intention, la présence, plus de précision, plus d’images. Puis enchaînement du conte chanté.

Vendredi 23

Le travail avec Natacha se poursuit. Cette fois, nous nous consacrons à la deuxième partie du texte. L’espace scénique n’est pas assez investi à gauche. S’étonner davantage de la découverte qui représente le coeur de l’histoire.

Travail corporel aussi, pas de danse pour restituer de la manière la plus juste possible la marche de l’héroïne.

Lundi 26

Premier jour de résidence à la Maison de la Culture Hochelaga-Maisonneuve.

Travail d’enracinement, marche, réveil du corps selon les méthodes de chant enseignées par Yseult Welsh.

Travail de pas dansés, de postures selon Natacha.

Lecture du texte en marchant, relecture, apprendre encore. Répétitions du texte, des gestes, des enchaînements.

Le décor est planté, les feuilles de l’automne québécois sont magnifiques. Il n’y en a jamais assez selon Natacha.

La salle allouée aux répétitions  est entourée sur deux côtés de baies vitrées. Le regard se perd sur une longue rue qui file dans Montréal.

La fatigue se fait sentir.

Mardi 27

Le Petit Oeuf du Petit Peuple, Montréal, répétition, Maison de la Culture Hochelaga Maisonneuve, Photo : G. KhayatRépétition le matin à la maison de la culture. Après-midi, représentation test devant une quinzaine d’enfants de 3 ans, à la bibliothèque Hochelaga. Natacha Jeune-Saintil et Claudette L’Heureux m’accompagnent. Claudette sort son calepin, elle prend des notes. La mère des conteurs québécois est là, et je la vois relever des petites choses… trac.

Les enfants ne sont pas quinze mais quarante !

Il y a de la place pour tout le monde. La représentation se passe formidablement bien. Les enfants réagissent, interviennent, chantent…

Les organisateurs sont satisfaits.

J’attends le verdict.

Nous rentrons à la Maison de la Culture, remontant nos batteries avec du chocolat au poivre rose.

Claudette s’installe et commence. La critique est constructive, chaleureuse, aimante, comme Claudette. Je note et retiens tout ce qu’elle me dit… et en sort rassurée, heureuse. Les éléments apportés par Claudette permettent de revenir à quelque chose de plus dépouillé, moins théâtral, plus spontané, plus interactif.

Mercredi 28

Troisième jour de résidence à la Maison de la Culture Hochelaga Maisonneuve. Deuxième représentation-test de la semaine. Public de bébés, accompagnés de parents, à la bibliothèque Maisonneuve,  dans le cadre de l’heure du conte.

Nouvelle expression.

Après avoir « testé » en France, l’histoire, le rythme, trouvé des accessoires servant la narration,

après avoir travaillé les chansons, les mélodies, ici, à Montréal avec Claire Mallet,

après avoir travaillé la mise en scène, les intentions, les images, l’implication avec Natacha Jeune-Saintil…

après avoir joué selon les règles de l’art : appris le texte mille fois réécrit et enfin posé, investi l’espace entre conte-théâtre, conte-théâtralisé, conte…

après avoir écouté attentivement les judicieux conseils de Claudette L’Heureux, la Mère des conteurs québécois…

aujourd’hui, les chevaux sont lâchés ! Le maître-mot : Le Plaisir !

Arrive tout de suite après, le partage.

Les enfants avaient entre 7 et 17 mois. Une dizaine de tout-petits, accompagnés d’un de leurs parents. La musique, le rythme, le reprise de possession de l’intention, de l’improvisation, dans un temps conté débridé, recalé.

Claire Mallet était là. Georges Khayat, témoin, photographiait. Le public chantait. Représentation heureuse. Le détachement par rapport à tout le travail effectué, était indispensable.

Ce jour, Claire Mallet écrit :

« Représentation à la Bibliothèque Maisonneuve.

Sonia ronchonne avant de commencer, Georges et Claire lui envoient de la paix…Le Petit Oeuf du Petit Peuple

Sonia accueille les mamans et leurs bébés âgés entre 7 et 17 mois !

Et elle commence en proposant un bercement, au milieu des feuilles et de ses si jolis petits nids…

Et la magie opère !..

Les parents autant que les enfants sont fascinés par les oeufs, les feuilles, la voix de Sonia et ses yeux pétillants.

Sous son capuchon, au fil des chansons, la petite fée Ashérat raconte son histoire, invite l’auditoire à chanter avec elle, à chercher l’oeuf de soleil. C’est beau, c’est vrai, c’est magique et ça touche le coeur. »

Jeudi 29

Nouvelle étape : à 10h30, à la Maison de la Culture, dans le Cube, avec éclairage, conditions réelles de représentation en salle de spectacle.

Georges Khayat teste les lumières. Les enfants sont une quinzaine, accompagnés par leurs monitrices. Je préfère être dans la salle, de manière informelle, accueillir les enfants, saluer les adultes.

Tout le monde est installé. Les branches de l’arbre sont projetées sur l’écran blanc, derrière moi. Cette représentation est importante, elle officialise le travail réalisé depuis mon arrivée au Québec. Tout se déroule bien. Ca fonctionne. Il reste à rôder le spectacle.

Vendredi 30

Représentation à l’atelier La Mère aux Prunes, mené par Claudette L’Heureux. la Mère aux Prunes est un atelier destiné aux familles nouvellement installées à Montréal. Il s’agit d’un temps d’éveil et de transmission de la culture francophone (chansons, comptines, rondes, contes…), destiné aux bébés et à leurs parents. Cette atelier hebdomadaire est mené par Claudette, à Montréal.

Atelier La Mère aux PrunesClaudette n’est pas là. La grippe. Natacha est présente. « Le Petit Oeuf du Petit Peuple » est joué, sans filet devant une dizaine d’enfants accompagnés d’un de leurs parents. Bel accueil, tout le monde chante… une petite fille vient sur scène, monte sur mes genoux. La représentation continue, naturellement.

Samedi 31

Dernière journée en résidence. La représentation est dédiée à Sasha, consacrée à Sasha, pour Sasha. Mathieu Gautron, conseiller technique pour la régie, s’occupe de l’éclairage.

Sasha écoute cette histoire qu’elle découvre. Moment unique où tout lui est offert. Captiver une enfant seule, de 4 ans… nouvelle séquence de ce travail, nouvelles perspectives.

Mardi 2 novembre

Dernière représentation, à nouveau à la garderie « les Ateliers ». « Le Petit Oeuf du Petit Peuple » est joué cette fois devant un groupe de grands : 4 à 5 ans !

Autre rapport, autre type d’interventions. Saisir les réponses des enfants aux questions posées dans le conte, maîtriser suffisamment le texte et les mélodies pour jouer, improviser, retomber sur ses pieds quoi qu’il arrive, quel que soit l’endoit où le public emmène l’histoire.

Les oeufs, les nids, les feuilles, les petits percussions intriguent les enfants. Ils veulent toucher, s’approprier le décor et les accessoires à l’issue de la représentation.

Enfin,

Montréal, 6 octobre – 10 novembre 2009.

Grand et beau voyage au pays des contes, du conte…

Résidence à Montréal, pour créer, imaginer, concevoir, formuler, revoir… et jouer.

Natacha Jeune-Saintil (conteuse, comédienne), Georges Khayat (photographe, auteur-compositeur), Claudette L’heureux (conteuse), Claire Malet (auteure conteuse, musicienne), Sonia Péguin (conteuse), Florence Vinit (psychologue), six regards croisés sur une création.

Six sensibilités complémentaires pour construire un propos, l’illustrer.

Dans toutes les histoires le chiffre 7 a sa valeur magique.

La septième personne, de cette aventure, Pierre Larivière, directeur de la Maison de la Culture. Ecoute, disponibilité, générosité.

Que chacun soit ici remercié.

De retour en France :

Toutes les représentations sont différentes, tous les publics sont différents.

Chaque expérience est formatrice.

« Le Petit Oeuf du Petit Peuple » grandit à chaque étape.

Le spectacle vit, est joué apprécié.

Souhaitons lui belle vie.

Merci à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce projet.

l’autre fois remercie

La librairie des Halles, 1 bis rue Thiers, 79000 Niort / www.lalibrairieniort.com

La Librairie L’Hydragon, 15 rue des Cordeliers, 79000 Niort

La Librairie Le Rêve de Lili, 23 rue Saint Jean, 79000 Niort

L’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse, 11 passage de l’Aqueduc, 93200 Saint-Denis / www.ofqj.org

La Maison de la Culture Hochelaga Maisonneuve, 4200 Ontario Est, Montréal, H1V 1K1